L’ART VENAL 1984

Gerard GEORGES LEMAIRE

Le marché de l'art international tient le rôle occulte de garant de la valeur des oeuvres. Mais pas uniquement de leur valeur marchande.
Il peut défaire leur valeurcomme "objets" de culture. Le Musée d'Art Moderne est le temple de ce nouveau culte: au-delà de la "conservation", il fait office de Bourse de ces valeurs esthétiques.

Le groupe "Dix 10 s 'est attaché à la représentation de ce circuit économique. Avec le "premier supermarché de l'art", il a métamorphosé la galerie en une grande surface: les tableaux y sont achetés sur le principe du libre service, leur prix étant établi en fonction de l'object figuré.
"Dix-10" a vendu de petit tableaux représentant du muguet le premier mai à Paris, des roses à Nice, des tapis à Milan. Il se prépare à vendre du matériel pornographique ("plastique'' cela va s'en sans dire) a Berlin.

Avec “l’Oeuvre inestimable”, Dix-10 pousse la parodie jusqu'à un point de non-retour: le tableau, plagiat dérisoire de la Joconde de Léonard de Vinci, tient lieu d'étalon-or de la banque centrale de la création artistique.

Mais Dix-10 ne se donne pas pour horizon la critique du système idéologique qui sous-tend le monde de l'art: les deux jeunes peintres qui composent ce groupe anti-conformiste ont simplement conscience que le véritable dessein de l'art, son dessein symbolique, se dévoile dans une transaction, une opération de change qui lui assure sa pérennité, sinon son immortalité, d'où leur insolente volonté de faire vivre l'oeuvre dans le temps explosif du rire.

 

site Dix 10