EPREUVES
D'ARTISTES - 1999
J.J.
Dow Jones
Après avoir représentés des biscottes et des aspirateurs, des navets et des carottes, des muguets et des dessous, des tapis et des objets X, des curiosités et des fleurs, des coffres-forts et des parquets, des livres et des robots, une oeuvre inestimable etc..etc... Roma Napoli et Dow Jones les deux artistes du groupe Dix 10 nous proposent maintenant à la galerie Les Singuliers dans le quartier Haussmann à Paris des Epreuves dartistes. Une épreuve dartiste est un tirage d'essai à partir dune plaque métallique ou dune pierre lithographique.
Lépreuve dartiste, tirage natif, est l'apparition comme double de lunique de lempreinte gravée par lartiste sur le métal ou la pierre. Apparition aux formes imprévisibles, lépreuve dartiste vaut pour coup pour rien; déclarée statutairement non conforme ce nest jamais elle quon attend et si on la sollicite ce nest que pour la mettre à la question. Le cru de lapparition doit céder le pas au cuit de la modélisation. Là elle disparaît comme réplique de labsence planifiée de la preuve. Lépreuve est ainsi la route à jamais perdue où la preuve que lon ne verra jamais chemine et bientôt parvenue à son terme se métamorphose en oeuvre où des sentiers brûlés par une encre vermillon ne mènent bien évidement nulle part.
Transformée
en tirage par lénergie bientôt tarie de lépreuve,
la preuve vouée au néant présente labsence de lépreuve
comme principe de loeuvre. La preuve est douloureuse, lépreuve
est la tentation de faire taire la douleur et loeuvre est la sublime illusion
qui présente la disparition et de la preuve et de la douleur. Là
loeuvre ne se peut que si sont anéanties ou occultées et
la preuve et lépreuve.
Les peintures grands formats réalisées par Roma Napoli et Dow Jones pour cette installation représentent des épreuves dartistes où lon reconnaît les portraits de plasticiens de ce siècle. Une vingtaine dentre eux sont réunis pour un séminaire des géants par les moyens dune peinture vigoureuse sur des toile à matelas où les rares couleurs posées sinscrivent comme brûlures .
Ici la mise en jeu des pratiques picturales interroge lêtre double
de la preuve. En premier lieu la pratique ou épreuve comme
absence ensuite le pratique ou oeuvre comme présence. Loeuvre
présente la preuve en tant qu'absence du temps de la création
et comme présence de lépreuve du créateur.
Le promeneur solitaire comme lartiste désire immédiatement
et son épreuve est la preuve de la présence conjointe du désir
et de la tentation. Pas de preuves sans désirs et pas dépreuves
sans tentations.
Peindre
serait alors la présentation du désir de la tentation où
lépreuve vaudrait pour preuve ?
Lépreuve de lillusion précipite lartiste à
la rencontre de loeuvre en tant quêtre de la preuve
. Si lépreuve tient lieu de preuve alors la peinture dit la présence
conjointe du désir et de la tentation. Cette coprésence ou coïncidence,
autre de la preuve, est maintenant le garde de la circulation de
lépreuve. Ainsi lépreuve est le désir du désir
ou désir de la tentation de la preuve.
Loeuvre picturale et son épreuve doubles de la preuve
nous consolent de linconcevable de son absence et de lindésirable
de son apparition. La présence de loeuvre et lépreuve
absente de son élaboration comme autre de la preuve finalement
non grata viennent prendre sa place non pas pour la forclure ou lhypostasier
mais pour faire rayonner ici en son nom la prodigieuse force incandescente du
désir.
Le fantasme qui hante loeuvre peinte en tant quépreuve ou
double du désir nous dissimule faussement son absence tout en nous gratifiant
vraiment de sa présence. Le désir de la preuve ou désir
dobjet en tant que corps de lépreuve est loeuvre comme
désir de la tentation.
Lépreuve
sans cesse renouvelée de la peinture semble bien être la présentation
de la présence omniprésente de ce désir dans lintention
affichée de dissimuler par le splendide de la présence et le faste
du présent latroce de labsent et le douloureux de la présence
de son absence.
Laffirmation de la peinture apparaît évidement ici comme
méssagère de loracle et confirme en tant que preuve de loeuvre
la lumineuse et constante présence de lépreuve.
Les peintures réunies pour cette installation montrent lépreuve
comme motif. Loeuvre et lépreuve ainsi coïncident et
cette conciliation est le signe de la présence cohérente des témoins
de lapparition de la preuve maintenant dévoilée se défaisant
de sa garde désormais sans emploi. Cest le secret, double de la
preuve devenue oeuvre par lépreuve de la peinture qui est montré
ici à bout de bras. Finalement nous voyons que ces peintures en exposant
devant tous loeuvre comme épreuve de la preuve ou secret de la
présence de son absence font du présent ainsi reconstruit lespace
exclusif où chacun sait maintenant que le secret est le don sauvage dun
objet célibataire et que le chant de lart est le produit réfléchit
du choeur polyphonique des Sujets.